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La gélinotte huppée, de la forêt à l’assiette

Photo de Michel Therrien
Par Michel Therrien
La gélinotte huppée, de la forêt à l’assiette

La gélinotte huppée, communément la perdrix, est souvent le petit gibier qui symbolise les plus beaux souvenirs de nos premières expériences de chasse. Cet oiseau représente un beau défi de chasse, car il maîtrise parfaitement l’art du mimétisme et de la fuite rapide. Avec sa physionomie particulière, la gélinotte peut aussi exploser bruyamment dans un vrombissement d’ailes à cinq mètres de nous. Cette stratégie fonctionne bien, car ce comportement surprend, coup après coup, tous ses prédateurs. Toutes ces caractéristiques font donc de la gélinotte un oiseau d’émotions pour le chasseur. Et une fois dans l’assiette, l’émotion se poursuit car sa chair est d’un goût exquis.

Type d’habitat

La pierre angulaire d’une chasse réussie repose souvent sur la synchronicité. Il faut d’abord mettre le pied là où la gélinotte a élu domicile. À ce chapitre, la nomenclature scientifique est claire : la gélinotte ne recherche pas des jeunes forêts récemment coupées, ni de vieilles forêts très matures. Elle affectionne plutôt les habitats présentant un bel entremêlement de repousses arbustives de diverses strates d’âge. Ce type d’écosystème l’aide à se nourrir et à se cacher des nombreux prédateurs.

La gélinotte est au bas de la hiérarchie dans les relations entre les proies et prédateurs. Les jeunes sujets sont très vulnérables, notamment aux prédateurs terrestres que sont les renards, les coyotes, les loups. Il importe d’ajouter que que tous les représentants de la famille des mustélidés (hermine, martre, pékan) raffolent également de sa chair. Elle est également la cible des buses, des faucons, des éperviers, et ce, sans compter l’opportuniste autour des palombes. Cette dimension explique pourquoi la gélinotte recherche un habitat lui offrant des cachettes au sol ainsi qu’un certain niveau d’obstruction aérienne pour échapper à la vue perçante des oiseaux de proies. En ce sens, les chasseurs trouveront la gélinotte en terrain partiellement accidenté et souvent sur les bordures des ruisseaux. J’adresse également mes offensives de chasse envers les forêts mixtes où il y a des bouquets serrés de jeunes feuillus offrant une grande quantité de nourriture dans les bourgeons et au sol (petites plantes, fruits sauvages, champignons).

Techniques et équipement de chasse

Personnellement, j’adore chasser la perdrix en vélo de montagne, car je peux couvrir beaucoup de territoires et de sentiers tout en faisant de l’activité physique. Autrement, j’obtiens beaucoup de succès en chassant en duo. La technique exige qu’un premier chasseur marche lentement, dans un petit sentier prometteur, alors que l’autre marchera parallèlement à lui. En ce qui concerne cette technique, je suggère une distanciation variant entre 50 ou 80 verges entre les 2 chasseurs, selon le couvert forestier investigué. Comme toutes les gélinottes dorment aux arbres la nuit, il est très commun de les voir brancher aux arbres pour se nourrir dans des bouleaux, des merisiers et des trembles, et ce, particulièrement en fin de journée. On dit même de ce comportement qu’elles bourgeonnent. Plus tard en saison, quand la neige recouvre le sol et que la nourriture terrestre est ensevelie sous un manteau blanc, les gélinottes se nourrissent encore plus abondamment aux arbres. C’est là qu’il faut regarder à cette période de l’année. La chasse à l’aide d’un chien entraîné et spécialisé réserve aussi beaucoup d’émotions fortes. En terme d’équipement, j’utilise un fusil de calibre 20 et, en début de saison, j’opte pour une taille de plomb de type numéro sept et demi. Puis, quand la gélinotte arbore un plumage hivernal plus opaque, j’utilise davantage une taille de plomb de type numéro 6. Un calibre 12 fera très bien l’affaire également. À chaque saison, je fais au moins une sortie de chasse avec le calibre 410 que j’ai reçu, dans le temps, pour mes 12 ans.

Ravissement culinaire

La chair de la gélinotte huppée séduit une majorité de gens. Comme elle évoque un peu le poulet, la plupart des jeunes en raffolent dès la première bouchée. La plupart des recettes de poulet permettent donc de le substituer par la gélinotte.

À cet égard, j’ai quelques idées à vous transmettre. Au camp de chasse, il est commun de retrouver encore des recettes impliquant la cuisson de la gélinotte avec une chaudronnée de fèves au lard. Dans la préparation de cette recette, les poitrines et les lanières de gélinottes sont entourées de bacon afin d’éviter que cette viande faible en gras s’assèche.

Aujourd’hui, dans la foulée sans cesse grandissante des livres de recettes de venaisons sauvages, je prépare la gélinotte en fondue, en fajitas, en filet et en croquettes. Souvent, je fais des dégustations directement en forêt sur le feu. J’aime également la cuire en utilisant du beurre à l’ail. Mon petit péché mignon, c’est de faire un mijoté de gélinotte avec du bacon, du sirop d’érable et du foie gras. Tout ça goûte le ciel, exactement là où le chasseur porte son regard, en fin de journée, pour découvrir ce glorieux gallinacé de notre riche terroir forestier.

 

 

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